lundi 12 mars 2012

Je suis pour la grève… et pour la hausse des droits de scolarité!

Quoi? Je ne peux pas dire ça? Faudrait que je choisisse? Pourquoi? On peut très bien être pour la grève et pour la hausse des droits de scolarité! Voici pourquoi.
 


Tout d’abord, une analyse de la conjoncture. Les organisations étudiantes ont bien réussi leur mobilisation. Elles ont déclenché des « grèves » (qui sont plus exactement des boycottages) dans les milieux plus radicaux (UQAM, sciences humaines), qui se sont propagées à un grand nombre d’institutions. Plus de 100 000 étudiants des niveaux collégial et universitaire manifestent ainsi leur mécontentement, au nom de l’accessibilité aux études supérieures, à la suite de la décision du gouvernement du Québec de hausser des droits de scolarité. Ce sont de jeunes adultes qui se font les dents et apprennent à prendre leur place sur la politique. Et c’est tant mieux : on a tellement déploré le manque d’engagement des jeunes, je ne vois pas pourquoi on s’opposerait à ce mouvement.
Qui cédera? Le mouvement étudiant ou le gouvernement Charest? Tout dépend de l’opinion publique, qui est en train de se forger actuellement. Rappelons qu’en 2005, les Québécois trouvaient inacceptable la coupure de 103 millions dans le programme de prêts-bourses. Le gouvernement a dû reculer. Cette fois-ci, c’est moins clair. « L’opinion » cherche encore qui a tort et qui a raison, à partir notamment de ce que rapportent les médias qui s’affairent surtout à départager la responsabilité respective des militants étudiants et des policiers dans les affrontements qui ont eu lieu lors des manifestations. Mais que penser du fond de la question?

La gratuité? Allons donc!

D’aucuns réclament la gratuité des études universitaires, comme cela existe dans plusieurs pays d’Europe. Dans un monde idéal, tout serait gratuit et derrière chaque maison coulerait une rivière de miel! Malheureusement, c’est de l’utopie. Les études universitaires coûtent cher. Les contribuables québécois (c’est-à-dire  la proportion de 60 % des adultes payant des impôts) financent actuellement plus de 85 % du coût de l’université. Les étudiants, eux, assument moins de 15 % de ce que coûte leur éducation.

Or, la plupart des provinces vivent une crise budgétaire aux causes multiples : déséquilibre fiscal entre les ordres fédéral et provincial, explosion des coûts de santé, baisse graduelles des impôts au cours des dernières décennies. De plus, le Québec, malgré une richesse collective et un taux d’emploi inférieurs à la moyenne canadienne, bénéficie d’un imposant panier de services sociaux, qui comprend notamment… des études universitaires peu coûteuses pour l’usager.

Mais au-delà de cela, je suis personnellement pour la tarification de certains services publics. Contrairement à ce que prétendent ses détracteurs, la tarification n’est pas de la « marchandisation ». Même dans les pays communistes, les gens payaient ce qu’ils consommaient! Et pour cause : lorsqu’on n’accorde pas de valeur monétaire à une chose, elle perd énormément de valeur aux yeux de ceux et celles qui en font usage. De plus, la gratuité est aussi une porte ouverte au gaspillage.

C’est la même chose pour les études. Si on faisait  porter la totalité du coût de l’éducation universitaire à l’ensemble de la société (ou plus exactement, aux 60 % de contribuables qui paient des impôts), on créerait l’illusion que l’éducation, ça ne coûte rien, ce qui la dévaloriserait aux yeux des étudiantes et étudiants eux-mêmes! De plus, on les encouragerait à s’installer confortablement à l’université, pour plusieurs années.

Ainsi, la  gratuité au cégep incite bien des jeunes à s’y traîner les pieds pendant une année ou deux de trop, voire plus. Ils s’imaginent que c’est gratuit parce que ce n’est pas tarifé. Chaque année coûte pourtant des milliers de dollars à la collectivité.


Maintenir le gel? C’est faire un cadeau à ceux qui ont les moyens!

Depuis le gel des droits de scolarité en 1994, la somme déboursée par les étudiants a diminué en termes réels, en raison de l’augmentation des coûts (l’inflation). À qui a profité cette non-hausse des droits depuis 18 ans? Pas aux moins bien nantis, qui auraient vu leur aide financière augmenter d’autant, mais aux étudiantes et étudiants des classes moyenne et aisée.

Ce que le gouvernement du Québec propose, c’est de faire passer de 12 % à 17 % la part assumée par l’usager des services d’enseignement universitaire. Celle-ci correspond d’ailleurs à la part des coûts qu’assument les parents qui envoient leurs enfants dans les garderies à 7 $. À 17 %, on  ne parle pas de tarification excessive. Le coût du service est socialisé à 83 %!

De plus, malgré la hausse annoncée, le Québec sera encore loin de la moyenne canadienne et même du pourcentage du coût total payé par les étudiants en 1994. En dollars constants, les droits de scolarité seront les mêmes qu’en 1968! Ce geste, qui n’est qu’un rattrapage échelonné sur cinq ans, n’est pas déraisonnable.

Reste l’argument de l’accessibilité. Les opposants à la hausse font un lien entre la fréquentation universitaire et le niveau des droits de scolarité. Les partisans de la hausse affirment le contraire : que là où les droits sont plus chers, la fréquentation est même meilleure. Les études se contredisent là-dessus.

À mon avis, ce lien existe : même si certains étudiants venant de familles à revenus modestes ne vont pas se laisser dissuader devant la perspective de s’endetter de  14 000 $ ou plus pour des études de premier cycle, des milliers de jeunes vont se décourager, surtout si les études n’ont pas été valorisées dans leur famille.  Il faut donc lutter contre l’endettement étudiant. Comment? En réduisant le plafond des prêts étudiants.

Épilogue

Voulez-vous savoir ma prédiction? C’est exactement ce que le budget Bachand du 20 mars prochain va proposer. Dès lors, l’appui au mouvement de « grève » va s’effriter. Après un baroud d’honneur, lors de la grande manifestation du 22 mars, les classes reprendront progressivement durant la semaine du 27 mars. La session d’hiver sera prolongée, la session d’été retardée d’une semaine à certains endroits (dont l’UQAM). Les étudiants auront obtenu une meilleure accessibilité, les universités un peu plus d’argent et le gouvernement s’en tirera sur le plan politique.

Voilà donc pourquoi je suis pour la grève, qui amènera le gouvernement à réduire l’endettement des étudiants, et pour la hausse, qui fera payer un peu plus leurs études à ceux et celles qui en ont les moyens.

Addendum - 20 mars 2012

Je suis un bon conseiller, mais un mauvais prévisionniste. Le gouvernement du Québec n'a pas profité de son budget 2012-2012 pour suivre mon conseil. Puisqu'il ne veut pas réduire l'endettement des bénéficiaires des prêts-bourses, qu'il annule la hausse des droits de scolarité!

vendredi 2 mars 2012

Harper et Poutine

À son origine, le conservatisme était l’idéologie des partisans de la monarchie, ceux qui luttaient contre les assauts démocratiques de la bourgeoisie libérale. Au début du 19e siècle, lorsque le Québec et l’Ontario étaient des colonies de l’Empire britannique, les conservateurs formaient une clique autour des gouverneurs : c’était le Family Compact d’une part, et la Clique du Château d’autre part. Au Canada-Uni, formé en 1840, de la fusion du Haut-Canada et du Bas-Canada, la même aristocratie s’était reformée autour du Gouverneur général. Lorsque les libéraux prirent le pouvoir dans la mère-patrie, et qu’ils donnèrent l’instruction au Gouverneur général de former un gouvernement démocratique au Canada, il y eut bien de la résistance. Les conservateurs ont subi la démocratie imposée de Londres.

À la fin du XIXe siècle, les Conservateurs se méfiaient
de la démocratie et jouaient la carte de l'attachement à la
Couronne britannique.
Les Conservateurs (avec un grand C, ceux du parti du même nom) se méfiaient de la démocratie. Mais la chance fut de leur côté. Au moment de rédiger la constitution fédérale de 1867, ils faisaient partie de la coalition au pouvoir, celle de John A. MacDonald, George-Étienne Cartier et George Brown. Ils avaient comme seuls adversaires les Rouges d’Antoine-Aimé Dorion, qui combattaient le caractère centralisé et antidémocratique de la nouvelle constitution. MacDonald avait manœuvré jusqu’à la dernière minute pour s’assurer que le gouvernement d’Ottawa détienne entre ses mains le plus grand pouvoir possible. À l’encontre des provinces, il avait le pouvoir de désaveu. Contre la Chambre des communes, le gouvernement contrôlait un sénat non élu. Bien entendu, il refusa de soumettre le projet constitutionnel au peuple. La seule colonie qui dut affronter l’opinion avant l’entrée en vigueur de l’Acte de l’Amérique du Nord Britannique, le Nouveau-Brunswick, a élu un gouvernement hostile à l’union fédérale. Les Conservateurs durent organiser un coup d’État camouflé pour aller de l’avant.

Sous Poutine, la démocratie russe n'est qu'une façade.
Bien sûr, c’était il y a un siècle et demi. Les temps ont changé. Une fois implantées, les mœurs démocratiques ne sauraient être remises en question, sinon dans quelque pays n’ayant jamais vraiment connu la démocratie. Prenons la Russie de Poutine par exemple : élections législatives arrangées, contrôle des médias. Rien de tout cela ne risque d’arriver dans le Canada de Harper. Bien sûr que non… On est loin de l’époque où les Conservateurs défendaient la monarchie…

Avec Harper, on célèbre davantage la monarchie que la démocratie.

mercredi 29 février 2012

Le retour des idéologies (1)



Il n’est pas dans mon habitude de rédiger des chroniques littéraires, sauf pour faire une critique approfondie d’un livre, comme celle que j’ai réalisée dans L’Action nationale des Entretiens réalisés par François Rocher avec son oncle Guy Rocher. Mais c’est le moyen que j’ai choisi pour rendre compte de la richesse actuelle du paysage idéologique québécois.

Il fut un temps où des penseurs proclamaient la fin des idéologies. On pense d’abord à Daniel Bell qui, dans The end of Ideology (1960), a prononcé la mort des grandes idéologies nées au 19e siècle et l’avènement du triomphe de la technique. On pense ensuite à Francis Fukuyama qui, dans The ends of History and the Last Man (1992), a annoncé le triomphe du capitalisme et la fin des luttes idéologiques. Or, ni technologie, ni le capitalisme ne nous ont sauvés. Bien au contraire!

Qu’en est-il du Québec? Wilfrid Laurier aurait déjà dit à Henri Bourassa que les Canadiens français n’avaient pas d’opinions, que des sentiments. Pour lancer un débat idéologique, c’est mal barré! Un de mes collègues émérites du département de science politique de l’Université de Montréal, André-J. Bélanger, s’est fait connaître par sa thèse sur L’apolitisme des idéologies québécoises (1974), dans laquelle il démontrait que les idéologues des années 1930 s’étaient détournés du politique – comme la plupart des idéologues canadiens-français de 1840 à 1960, oserais-je dire!

C’est donc à partir de la Révolution tranquille qu’on aurait dû voir naître un véritable débat idéologique dans la sphère politique québécoise. Mais la question nationale serait venue brouiller les cartes : le spectre politique québécois se serait polarisé autour des « nationalistes » regroupés autour du Parti Québécois (PQ) et des « fédéralistes » coalisés dans le Parti libéral du Québec (PLQ). Or, depuis l’an 2000, la question nationale n’est plus. Le Québec serait rendu « ailleurs ».

Match nul? Loin s’en faut! Bien des Québécois s’imaginent que le Québec est une nation à majorité francophone, sans doute grâce à cette vague résolution adoptée par la Chambre des communes en 2005 et à la Charte de la langue française de 1977, charcutée depuis par les tribunaux, et que personne n’ose appliquer, au nom des droits individuels. Mais il n’en est rien : le régime constitutionnel canadien a bel et bien gagné en 1982. Pire : c’est le Canada anglais qui est en train de s’affranchir du Québec. Le Canada anglais a élu le gouvernement Harper, et les Québécois auront beau élire 50, 60, 70 députés d’opposition, le Canada anglais peut avoir le contrôle total de l’État fédéral. (Inutile d’ajuster votre appareil, vous captez Au-delà du réel.)

Mais je m’égare. On entend souvent dire que la « normalisation du statut du Québec » ou la fin de la question nationale – a l’insigne avantage de permettre un véritable le débat « social », c'est-à-dire entre « la gauche et la droite ». On en veut pour preuve la publication en 2005 du Manifeste pour un Québec lucide, et de son contraire, le Manifeste pour un Québec solidaire.

En 2007, après l’élection d’un gouvernement libéral minoritaire et la dégringolade du PQ en troisième place, j’ai moi-même émis l’hypothèse, dans une conférence à la Sorbonne Nouvelle (moue satisfaite)  que les deux grands partis issus de la période de tension constitutionnelle des années 1960 à 2000 étaient en train de se désagréger. En effet, tout semblait indiquer que les nationalistes de gauche et de droite, forcés à cohabiter au sein du PQ, et les fédéralistes de gauche et de droite, obligés de faire de même au PLQ, durant le débat constitutionnel étaient désormais libres de créer de  véritables partis de gauche et de droite. D’où l’émergence de Québec solidaire et de l’Action démocratique du Québec. Ah-ha! Et toc! CQFD!

Pas si vite. L’élection de 2008 a invalidé cette hypothèse. Pourquoi? Parce qu’il ne fallait pas regarder le système de partis. En effet, si on se fiait à l’appui des Québécois aux partis politiques, la plupart seraient, depuis le 2 mai dernier, de bons sociodémocrates syndicalistes. Or, les sondages démontrent que le mouvement d’opinion enregistré lors des dernières élections fédérales n’a rien à voir avec l’idéologie, mais tout à voir avec la sympathie pour le chef Jack Layton et un sentiment d’inconfort à l’égard de la politique canadienne (sinon la politique tout court).

En fait, dans notre système politique, les partis politiques ne correspondent pas aux différentes idéologies. Notre mode de scrutin uninominal à un tour, qui ne transmet pas fidèlement le pourcentage de votes accordé à chaque parti en sièges,  favorise le bipartisme. Ces deux grands partis tendent à converger vers le centre du spectre politique. (L’impression que les partis « sont tous pareils » n’est donc pas dénuée de fondements.) Aucun parti politique ne peut survivre en ne couvrant qu’une petite portion du spectre idéologique.

Il n’empêche que la disparition du débat sur le statut du Québec (que je déplore par ailleurs) a donné lieu à une véritable renaissance des débats idéologiques, pas seulement entre « la gauche et la droite », mais entre plusieurs écoles de pensée. Ce n’est pas dans la lutte partisane, où on se targue d’être « pragmatique », que la lutte fait rage. Mais dans les livres.

En effet, on a récemment vu apparaître dans les librairies des essais bien campés, dont plusieurs sont brillants et accessibles. Surtout, ils nous aident à comprendre où en en est le Québec, et où il s’en va. En voici neuf, du plus récent au plus ancien, qui représentent six courants de pensée bien distincts.



Mathieu Bock-Côté, Fin de cycle. Aux origines du malaise politique québécois, Montréal, Boréal, 2012, 177 p.
Jean-François Lisée, Comment mettre la droite K.-0. en 15 arguments, Montréal, Stanké, 2012, 151 p.
Éric Duhaime, L’État contre les jeunes. Comment les baby-boomers ont détourné le système, Montréal, vlb éditeur, 2011, 163 p.
Françoise David, De colère et d’espoir, Montréal, Écosociété, 2011, 216 p.
Éric Bédard, Recours aux sources. Essais sur notre rapport au passé, Montréal, Boréal, 2011, 276 p.
Pierre Dubuc, Pour une gauche à gauche, Critiques des propositions sociales et linguistiques de Jean-François Lisée, Montréal, Renouveau québécois, 2011, 206 p.
Jean-François Lisée, Pour une gauche efficace, Montréal, Boréal, 2008, 280 p.
Alain Dubuc, Éloge de la richesse. Des idées pour donner au Québec les moyens de ses ambitions, Montréal, Éditions Voix parallèles, 2006, 336 p.
Françoise David, Bien commun recherché. Une option citoyenne, Montréal, Écosociété, 2004, 109 p.
Je ne vous donne pas la clé permettant de les regrouper en écoles. Je garde cela pour un autre billet. Ça vous donnera le temps de lire…

mardi 31 janvier 2012

Changer la politique ?

La politique a mauvaise presse. Prenez le Bye Bye 2011. Certains ont dit qu’il était déprimant et linéaire et qu’on y parlait trop de politique. Le 3 janvier, le journal Métro titrait en page 12 « La politique écrase le Bye Bye 2011 ». C’est bien simple, la politique ne vaudrait même plus la peine qu’on se moque d’elle! Je vous le dis : si le Bye Bye de l’an dernier laissait à désirer, ce n’est pas parce qu’on y a parlé de politique, mais parce qu’on y pratiquait un humour grossier. À preuve, l’émission Infoman de Jean-René Dufort a surtout visé les politiciens et, ma foi, était beaucoup plus drôle.

Cela dit, pour bien des gens, tout ce qui est politique est devenu sale. Dès qu’ils défendent un point de vue, on accuse les politiciens de « faire de la politique ». Comme si l’ingrédient essentiel de la politique n’était pas le leadership, justement : tenter de mobiliser la population vers un objectif commun. Au contraire, la désillusion envers la politique est telle qu’il faudrait museler les politiciens, il faudrait « changer la politique ».

Le référendum d’initiative populaire

Le Parti Québécois est entré dans ce rituel lors de son conseil national dont on a surtout retenu une proposition : le référendum d’initiative populaire (RIP). Inventé par la droite populiste américaine, cet outil permet à un mouvement d’opinion d’imposer une consultation sur un sujet donné. Il peut aussi servir à initier un processus de révocation d’un élu. Au Québec, le stratagème a été récupéré par l’aile impatiente du PQ (les Caribous), afin d’obliger le prochain gouvernement souverainiste (s’il y en a un) à tenir un référendum sur la souveraineté.

Que le Parti Québécois ne soit pas pressé de parler de souveraineté, je le déplore autant qu’eux. Mais le RIP est un outil dangereux, car il peut mettre les élus à la merci de mouvements d’opinions incontrôlables, dirigés par des leaders prompts à flatter les préjugés populaires, à l’encontre du bien commun. On n’a qu’à se rappeler le tout récent référendum en Colombie-Britannique, qui a servi à annuler à grands coûts l’harmonisation de la TPS et de la TVQ. D’ailleurs, le RIP pourrait se retourner contre les souverainistes : si un important groupe de fédéralistes amassait suffisamment de signatures pour organiser un référendum au mauvais moment, ce serait le dernier clou dans le cercueil de l’indépendance du Québec.

Dommage qu’on ait insisté sur cet instrument de contournement des élus et qu’on ait éclipsé les autres débats du Conseil national du PQ.  Ils avaient le mérite de faire ressortir les imperfections de notre système politique sans remettre en question la démocratie de représentation. À titre d’exemple : le vote à 16 ans et le mode de scrutin à deux tours. Ça n’a pas décollé, mais  ça vaut la peine d’en parler.

Le vote à 16 ans

Avec le vieillissement de la population, les gouvernements sont davantage sensibles aux plus vieilles générations, et  les jeunes, même ceux qui ont plus de 18 ans, se désintéressent de la politique et votent peu. Le vote à 16 ans aiderait à corriger ce déséquilibre. On dira qu’ils ne sont pas assez informés et responsables à cet âge. Peut-être. Mais la politique, ça peut s’apprendre jeune: à preuve, les fameux cours d’Histoire et éducation à la citoyenneté que nos jeunes reçoivent en 3e et 4e secondaire (15 et 16 ans).

Le mode de scrutin à deux tours

Ce n’est pas d’hier qu’on critique le mode de scrutin uninominal à un tour. En vigueur depuis la fin du XVIIIe siècle, il était fort adapté à l’époque où l’électeur choisissait un représentant pour sa circonscription au parlement. Avec l’avènement de la démocratie au milieu du XIXe siècle, le parti au pouvoir était celui qui était arrivé premier dans le plus grand nombre de circonscriptions. Peu importe le pourcentage de votes obtenus globalement. Ainsi, on a pu former des gouvernements majoritaires avec une pluralité de voix. Parfois même, le parti au pouvoir était arrivé deuxième au total des voix, mais premier au total des sièges.

Or, ce n’est plus ainsi qu’on vote aujourd’hui. Les campagnes électorales sont médiatisées. On vote pour les chefs et leur parti. On ne connaît parfois même pas le nom du candidat. En fait, celui-ci ne fait pas toujours campagne (comme les candidats du NPD en mai dernier). Quand j’étais candidat pour le Bloc Québécois en 1997, le député Louis Plamondon nous disait que le candidat local était responsable, au mieux, de 5 % du vote.

S’il est vrai qu’on vote « national » et non pas « local », notre mode de scrutin actuel crée des distorsions importantes. En 1944, 1966 et 1998, le parti majoritaire en termes de sièges était arrivé deuxième en termes de votes. Bien que majoritaires, les partis au pouvoir à Québec et Ottawa ont reçu respectivement 42 % (Parti libéral du Québec en 2008) et 39,6 % (Parti conservateur du Canada en 2011). Enfin, à moins d’être concentré géographiquement, tout parti politique ayant reçu moins de 20 % des voix est pratiquement rayé de la carte. Il s’ensuit que bien des gens renoncent à voter pour un tiers parti correspondant à leurs aspirations, et votent « stratégiquement » pour le moindre mal parmi les partis qui ont les chances de l’emporter dans leur circonscription.

Le mode de scrutin uninominal à un tour fait donc disparaître les options politiques disponibles, et tend à la formation d’un spectre politique formé de deux grands partis qui gravitent près du centre. Son seul avantage est de favoriser par sa distorsion la formation de gouvernements stables (parce que majoritaires).

Tous les partis se sont plaints à un moment ou à un autre des travers de notre mode de scrutin. La plupart ont proposé à un moment ou à un autre qu’on le remplace par un mode de scrutin proportionnel ou mixte. (Voir les arguments du Mouvement démocratie nouvelle.) Le gouvernement actuel a flirté avec l’idée, avant de la reléguer aux oubliettes en 2004. Or, les formules à la proportionnelle ont la fâcheuse tendance de provoquer des parlements sans majorité et donc instables. Ce n’est pas le cas du système à deux tours, en vigueur aux législatives et aux présidentielles, en France et dans d’autres pays.

Au premier tour, tous les partis, petits et grands, sont représentés. Les gens votent selon leur conscience, sachant que les deux grands partis, qui passeront au second tour, tiendront compte des résultats du premier tour quand viendra le temps de négocier des alliances. C’est le meilleur des deux mondes, quoi! Il était temps qu’un parti politique le propose.

Sortir de la passivité

Malheureusement, les débats sur la mécanique politique ennuient le public au plus haut point. À preuve : prononcez le mot référendum et vous serez reçu par une grimace!  Bien que le système politique soit perfectible, ce n’est pas en changeant la mécanique d’élection qu’on va ramener le citoyen aux urnes. Le problème en est un d’offre politique. À tort ou à raison, le public a l’impression qu’au mieux, les politiciens sont tous pareils, et au pire, qu’ils sont corrompus.

Nous ne sommes pas les seuls à connaître une telle crise de la démocratie. Comme l’écrivait Michel Wieviorka de l’ÉHESS de Paris, au sujet de la France actuelle : « Le système de partis aura rarement été aussi peu crédible, comme s’il était impuissant à affronter les difficultés économiques et financières du moment. »

L’appauvrissement de « l’offre politique » tire son origine de plusieurs causes : Les politiciens ont choisi la facilité en diminuant les impôts. Les analystes politiques adoptent une approche comptable, surtout au moment des budgets. Les médias ne s’intéressent plus qu’à la stratégie, rehaussant le cynisme. Mais la principale cause ne serait-elle pas la passivité même de l’électeur qui ne se déplace même plus pour aller voter?

Plus on dévalorise la politique, plus elle attire son lot d’opportunistes, qui débarquent pour accrocher leur visage aux poteaux de téléphone ou enrichir leurs amis. C’est lorsque le citoyen s’intéressera de nouveau à la politique que le débat public reflétera ses valeurs et que les partis attireront de bons politiciens.

Le système politique est le reflet ce que nous sommes devenus : désorientés, désengagés, indifférents, résignés. Plus on se désintéresse de la politique, plus le débat public est vide. Le mouvement des résignés s’est contenté d’exprimer un ras-le-bol, sans proposer de solution. Nous voulons un Québec français? Des voitures écologiques? Une juste répartition des ressources? Qu’on s'organise et qu'on le dise haut et fort! Et on finira par nous écouter!

samedi 31 décembre 2011

Un apolitisme désolant

L’année 2011 nous a apporté un lot d’événements qui attestent d’un grand désarroi politique, au Québec comme ailleurs sur la planète :

·        La mise en tutelle des États nationaux par « les marchés »,

·        La descente aux enfers des libéraux (l’ascenseur s’arrêtera où au juste?),

·        L’implosion du Parti québécois,

·        La disparition du Bloc Québécois à la Chambre des communes,

·        Les sautes d’humeur de l’opinion publique québécoise, qui ont porté aux nues le NPD de Jack Layton, et élèveront peut-être bientôt la Coalition Avenir Québec de François Legault au pouvoir,

·        Le mouvement des indignés, qui expriment leur malaise devant tout ce qui va mal, mais qui rejettent de même souffle la politique comme moyen d’apporter des solutions.

Doit-on conclure à la chute de la démocratie de représentation? L’appareil politique ne répond pas à l’opinion comme avant. La règle de l’alternance entre le parti au pouvoir et l’Opposition officielle ne fonctionne plus. Des partis sans machine politique sont propulsés à l’avant-plan. Les taux de participation électorale tendent à la baisse.

D’aucuns ont parlé de la fin d’un cycle politique. Mais où cela nous mènera-t-il? Une fois qu’on a dit que les gouvernements se sont coupés de tous moyens en réduisant les impôts pour répondre aux impératifs de la mondialisation; que les politiciens sont « tous pareils », des opportunistes venus changer les règles de la société à leur profit ou à celui de leurs amis; que le mode de scrutin déforme la volonté réelle des électeurs; que le « crime organisé » a infiltré le processus d’octroi de contrats publics; a-t-on le droit de baisser les bras ou de se jeter dans ceux du premier venu qui prononce le mot « changement »?

Parlons-en du changement. Pour un, nous avons congédié le Bloc Québécois du jour au lendemain. D’accord, il ne faisait plus la promotion de la souveraineté. D’accord, la situation était bloquée à Ottawa depuis 2004 – avec trois parlements minoritaires au sein desquels les partis étaient en campagne électorale permanente. Mais qu’avons-nous maintenant? Un parlement « normal », avec un parti ministériel qui fait la pluie et le beau temps et une Opposition officielle invisible. Qui a défendu les intérêts du Québec à Ottawa depuis le 2 mai dernier? Le ministre Jean-Marc Fournier, allé témoigner devant un comité des Communes contre le démantèlement du registre des armes à feu! Faut le faire. Où était le NPD? Sais pas!

Pourtant, le Québec s’en est fait passer d’autres : le projet de loi sur les jeunes contrevenants, le retrait du Canada du Protocole de Kyoto, le juge de la Cour suprême et le Vérificateur général unilingues anglais, la diminution du poids de la province dans la Chambre des communes. Et le pire est à venir : le renouvellement des accords fédéraux-provinciaux sur la santé. D’accord, le Bloc n’aurait pu exercer le pouvoir à Ottawa, même au sein d’une coalition avec les libéraux et les néodémocrates, mais il était le seul parti à dénoncer les reculs du Québec sans compromis avec la majorité canadienne. Avec le NPD, contrairement à ce que certains de mes collègues politologues espèrent, nous risquons de n’y voir que du feu. Voilà où peut nous mener le « changement pour le changement ».

Notre désillusion envers la politique a de multiples sources. L’une d’entre elles est la brisure de l’impulsion donnée par la Révolution tranquille, et qui devait se compléter par l’accession du Québec au statut d’État souverain. Deux fois plutôt qu’une, le Québec a frappé à la porte de l’ONU, sans en franchir le pas.  Les fédéralistes québécois – les vrais, les autonomistes, ceux qui veulent que le Canada fonctionne comme une fédération binationale – ont aussi connu bien des déceptions[i]. Les multiples tentatives de changer la structure de la fédération canadienne dans le but d’accorder plus d’autonomie au Québec, surtout sous Robert Bourassa, n’ont rien donné sinon quelques arrangements administratifs sans protection constitutionnelle.

À force de ne rien obtenir, les Québécois ont fini par ne rien désirer. D’où ce cynisme qui semble faire chez nous plus de ravages qu’ailleurs. La formule de François Legault : mettre la question nationale sur la glace pour 10 ans (n’y est-elle pas déjà?) rejoint donc la sensibilité de bien des gens déçus, voire meurtris. Il faut d’abord régler les problèmes du Québec, dit-il. C’est justement la formule qu’avait employée Mario Dumont lorsque son parti, l’ADQ, a quitté le train souverainiste qu’il avait emprunté par simple opportunisme en 1995. La CAQ instrumentalise à son tour le ras-le-bol constitutionnel et le mécontentement de la population face à une classe politique qui nous paraît amorphe, une impression décuplée par la propension des médias à ne traiter l’actualité qu’en surface.

Parlons-en des problèmes du Québec! Un état rapetissé, un sous-financement chronique, un fonctionnariat démotivé, un gouvernement qui ne songe qu’à démanteler les sociétés d’État, un manque total de volonté de protéger le français comme langue de travail. On a beau dire que rien ne bouge, nous intéressons-nous vraiment à la chose publique?

Le désintérêt de la population face à la politique atteint des sommets. La recherche du bien commun a cédé le pas à la maximisation du bonheur individuel. Au moment où le Québec aurait besoin d’une nouvelle Révolution tranquille, de faire évoluer le Modèle québécois, on se préoccupe qui de ses droits de scolarités, qui de son fonds de pension, et tous de nos prochaines vacances.

Mon bilan de 2011? Le Québec a sombré dans un apolitisme désolant. Nous nous sommes déresponsabilisés de notre parcours collectif. Mon vœu pour 2012? Que nous retrouvions le goût des débats de société, des débats d’idées et, oui, de la question nationale. Car si nous avons abandonné le front outaouais, nous faisons toujours partie du Canada. Et le Canada, lui, se réinvente en s’éloignant de plus en plus du Québec.

Il y aura fort probablement une élection provinciale en 2012. Faudra-t-il donner du Ritalin à tout le monde pour que nous prenions le temps de nous intéresser à cette campagne? Cependant, pour forcer un débat d’idées, il faudra quitter nos fauteuils de spectateurs installés devant la télé, qui attendent de voir qui marquera le meilleur coup lors du débat des chefs avant de se faire une idée. Participer, c’est militer dans un parti, intervenir dans les médias, ou s’exprimer  dans nos milieux respectifs. En démocratie, c’est cela la politique.



Comme il est écrit dans une carte de vœux que je viens de recevoir: « Une page d'histoire est tournée. À nous d’écrire la prochaine! »


[i] Le dernier à s’y être cassé les dents est le néanmoins brillant ministre libéral des Affaires intergouvernementales canadiennes Benoît Pelletier qui, après avoir été complètement marginalisé par Jean Charest, est retourné enseigner le droit à l’Université d’Ottawa. Voir Une certaine idée du Québec. Parcours d’un fédéraliste. De la réflexion à l’action, livre publié aux Presses de l’Université Laval en 2010.

mardi 15 novembre 2011

Indépendantistes non pratiquants

Au cours des dernières années, des études ont démontré qu'un grande majorité des personnes qui s'identifiaient comme catholiques au Québec étaient non pratiquants. En fait, plusieurs d'entre eux ne croient pas à un bon nombre de dogmes du catholicisme. Certains sont carrément non-croyants. Pourtant, ils se disent catholiques. Les experts en sciences des religions nous expliquent que pour ces personnes, la religion a une fonction culturelle. Elle sert de marqueur identitaire.

Le 15 novembre 1976

Il y a 35 ans aujourd'hui, les Québécois élisaient pour première fois un parti indépendantiste. Ils ont remis au pouvoir  18 ans plus tard. Selon la règle de l'alternance, qui n'est pas un absolu, son tour devrait revenir en 2012. Mais cela n'arrivera pas. Le Parti Québécois se fait doubler par un parti politique qui propose de mettre l'indépendance de côté. Pas au profit de l'autonomie. Non. La Coalition Avenir Québec veut décréter un moratoire sur les changements constitutionnels. Histoire de régler les problèmes du Québec.

Cherchez l'erreur...

Premièrement, chacun sait qu'un partie des problèmes du Québec tirent leur origine de son statut politique. Peut-être faudrait-il refaire la pédagogie de la question nationale. Mais il y a pire. Près de 40% des Québécois se disent indépendantistes. Pourtant, un bonne part d'entre eux s'apprête à voter pour le nouveau parti. Cela fait d'eux des indépendantistes non pratiquants.

Comment expliquer cette incohérence?

Est-ce les échecs des référendums de 1980 et 1995, qui ont été suivis de formidables rebuffades d'Ottawa, qui sont la cause de cette lassitude? Ou alors, la « demande » pour la souveraineté ne serait-elle pas en train de se tarif faute d'une « offre » crédible. Autrement dit, que font les leaders du Parti Québécois, ou même de Québec solidaire, pour faire avancer le Québec vers la souveraineté?

Quand le Pape et les évêques semblent avoir perdu la foi, comment peut-on croire que les fidèles croient encore?

samedi 12 novembre 2011

La paix et la mondialisation (1) La mondialisation économique

Le « Jour du Souvenir », ou de l’Armistice, commémore la fin de la Der des Ders, le 11 novembre 1917. Plus jamais, l’humanité ne devait connaître les affres de la guerre. Et pourtant…

Alors, en ce 11e jour du 11e mois de 2011, j’ai porté le coquelicot rouge, celui qui nous rappelle le sacrifice des soldats, et ma compagne le nouveau coquelicot blanc, à la mémoire de toutes les victimes de la guerre. Car il faut se souvenir de l’horreur pour éviter qu’elle se reproduise. Je sais que c’est cliché, mais c’est un historien qui vous le dit!
Nous, nationalistes québécois, éprouvons un malaise lorsque vient le moment de parler de la guerre et de l’armée. Les Canadiens français, puis les Québécois francophones ont une tradition neutraliste, isolationniste et pacifiste qui remonte à la Guerre de Conquête (la Guerre de Sept ans). Les pressions de l’idéologie impérialiste qui enflammèrent le Canada anglais au tournant du XXe siècle ont entraîné le Canada dans des conflits qui ne le regardait pas ou très peu (Guerre des Boers en Afrique du Sud, réarmement de la marine de guerre britannique, Première Guerre mondiale). Pas plus que les Américains, nous nous sentions concernés par les antagonismes du vieux continent. De plus, l’armée canadienne ne nous attirait pas, car on n’y parlait presqu’exclusivement que l’anglais. Elle était un foyer d’assimilation.

Puis, vint la Seconde Guerre mondiale. Malgré notre opposition traditionnelle à la conscription pour service outre-mer (nous n’avions pas d’objection à défendre le territoire canadien), nous nous sommes finalement rendus compte que le combat des Alliés était juste. On a même pardonné au premier ministre canadien, Mackenzie King, d’avoir imposé la conscription en toute fin de conflit, malgré ses nombreuse volte-face : « Pas de conscription », « La conscription si nécessaire, mais pas nécessairement la conscription », et enfin « Aussi peu de conscription que possible ».
Mackenzie King, ex-premier ministre du Canada
Les historiens ont revisité la contribution des Francophones à l’effort de guerre du Canada au cours du XXe siècle. Oui, il y a eu beaucoup moins d’enthousiasme au Québec qu’au Canada anglais – après tout, le Canada français, tout comme les États-Unis, était détaché de l’Europe depuis le milieu du 18e siècle. Mais non, les Canadiens français n’étaient pas des traîtres. Beaucoup se sont enrôlés volontairement, comme le futur premier ministre Paul Sauvé. Et d’autres, hommes et femmes, se sont acquittés de leur contribution par leur travail sur le sol canadien.
Paul Sauvé, ex-premier ministre du Québec

Il reste encore quelques survivants de la Deuxième Guerre mondiale. Certains témoignent encore dans nos écoles. Il existe aussi une nouvelle génération d’anciens combattants d’Afghanistan. Le souvenir de la guerre a fait de la plupart d’entre eux d’ardents pacifistes.

Le commerce mondial, un progrès?
« Le nationalisme, c’est la guerre », disait François Mitterrand, qui a lui-même vécu la Deuxième Guerre. Cela dépend évidemment du type de nationalisme. Cela dit, la construction de l’Union européenne avait comme objectif premier de rapprocher des peuples ennemis pour faire en sorte qu’ils n’aient plus intérêt à se battre entre eux. Autrement dit, la mondialisation des marchés sert d’abord et avant tout de rempart contre l’éruption d’un troisième conflit mondial qui serait sans doute le dernier, avec l’annihilation de la vie sur la Terre.
François Metterrand, ex-président de la France

Mais n’entendons-nous pas aussi que la mondialisation serait la mère de tous les mots? De la tyrannie des marchés sur les gouvernements démocratiquement élus jusqu’aux conséquences environnementales de la surconsommation : du transport de matières premières et de produits finis d’un bout à l’autre de la planète jusqu’à l’épuisement de ses ressources ? « De simples externalités, nous répondent nos amis les économistes. » Oui, des externalités, qui ne sont pas comptabilisées dans le prix demandés dans « le marché », et que l’on reporte sur les générations futures.
Nous serions donc face à un dilemme : il nous faudrait choisir entre disparaître par la guerre ou par le libre-échange. On me dira encore que je suis un sympathique commentateur pessimiste, que tout n’est pas si noir, et qu’il existe des solutions :
       
·        La crise financière? C’est une période de transition qui révèle une meilleure répartition de la richesse entre les pays émergent, empêchant un déplacement massif de la population vers le Nord.

·        La pollution et l’épuisement des ressources? Cela ouvre un tout nouveau marché aux technologies vertes : l’économie d’énergie et la valorisation des déchets.

·        Les changements climatiques? Question d’adaptation.
Bref, la mondialisation économique n’aurait pas de conséquences irréparables. Mieux, elle serait synonyme de progrès pour l’humanité. Rien de moins. Mince… Dois-je revoir toutes mes idées? Non. Pas encore. Tant à droite qu’à gauche, on se plaint des dérives de la mondialisation. Dans ses chroniques, Mathieu Bock-Côté relève le mouvement de « démondialisation », qui préconise le retour au nationalisme économique. Dans Survivre au progrès, le réalisateur Mathieu Roy nous rappelle que notre propension à consommer, un corollaire d’un commerce mondial en croissance, risque de se heurter aux limites de notre planète.

Mais peu importe la posture critique que l’on prendra contre le commerce mondial, qu’on préconise son ralentissement (position protectionniste) ou sa régulation à l’aide d’organisations internationales aux pouvoirs contraignants (position mondialiste), l’interdépendance économique est aujourd’hui telle que les pays du monde ont de moins en moins de raisons de s’attaquer à leurs voisins, car ceux-ci sont plus souvent des clients ou des fournisseurs que des concurrents.
La mondialisation économique est donc un facteur de paix, à condition qu’elle ne nous conduise pas à la ruine!